EL MAATRIA (Numluli)

EL MAATRIA (Numluli) SOMMAIRE
RECHERCHES BIBLIOGRAPHIQUES CARTES POSTALES ANCIENNES INSCRIPTIONS LATINES

RECHERCHES BIBLIOGRAPHIQUES

Henri SALADIN 1882-1883
Dr DARRE 1884
SALOMON REINACH 1884
J. POINSSOT 1885
René CAGNAT et Henri SALADIN 1888
J. Toutain 1891
M. Denis et M. Espérandieu 1892
Dr Carton et le lieutenant Ch. Denis 1893
Dr Carton 1895

Auteur: Henri SALADIN
Description des antiquités de la Régence de Tunis.
Rapport sur la mission faite en 1882-1883

MAATRIA

Maâtria est situé sur le Djebel-Maâtria qui, avec le Djebel-Kaleika, sépare Teboursouk de la vallée de la Medjerda. L’Henchir-Maâtria se trouve (à pau près à mi-chemin de Béja-gare à Teboursouk) près de la route nouvelle de Béja à Teboursouk, mais une autre ruine porte le même nom. Elle est située au nord-nord-est du point où nous sommes et nous apercevons, sur une hauteur, une sorte de tour que nos guides nousdisent appartenir à cette ruine, c’est probablement un mausolée. Elle correspond à Henchir-el-Maâtria de la carte de l’Etat-Major et le point où nous sommes n’est désigné que sous le nom de El-Maâtria.
MM. Reinach et Cagnat ayant déjà exploré cette ruine, je me contenterai d’en donner une étude succinte. Des Arabes y construisaient, lors de notre passage, des gourbis en moellons et en branchages.

CONSTRUCTION RECTANGULAIRE EN MOELLONS

Cette construction sur plan rectangulaire, qui conserve encore ses portes et ses fenêtres, est analogue, quant à l’appareil, Ksar-el-Ahmar près de Djilma; on y trouve de même des chaînages en pierre avec harpes (pierres en délit alternant avec harpes horizontales) encadrant des massifs en moellons. Entre cette construction et des gourbis arabes grossièrement bâtis en moellons et en branchages et qui s’appuient contre une petite élévation de terrain, on retrouve de de nombreux fragments, enterrés presque complètement, de pilastres, de chapiteaux et d’entablement d’ordre corinthien; j’y dessine une corniche d’un travail assez grossier (fig. 58).
Plus loin, vers la vallée qui s’étend à la droite de la route de Teboursouk et qui est en partie cultivée, les derniers contreforts du plateau sur lequel s’élèvent les ruines de Maâtria sont couverts de fragments d’édifices divers. Des constructions voûtées en sous-sol et butées par des contreforts cylindriques sont complètement disloquées. Une nécropole s’étend entre ces constructions et celles dont nous avons parlé plus haut; les tombes sont des cippes en forme de piédestal (comme nous en trouverons de nombreux exemplaires à Dougga, notamment à l’ouest de Bab-er-Roumia). Si l’on faisait des fouilles dans cette nécropole, on n’y trouverait probablement que des urnes cinéraires avec des monnaies et des lampes de terre cuite.

A une petite distance de cette nécropole et vers la gauche (en allant vers l’ouest), au milieu de murs de blocage, dont la ruine encombre une assez grande surface de terrain, nous remarquons une abside trilobée semblable à celle que nous avons dessinée à Sidi-Mohammed-el-Gebiouï en 1882. L’abside de Maâtria n’est pas comme celles de Sidi-Mohammed-el-Gebiouï construite en blocage, elle a une ossature en grands matériaux et possède encore les murs latéraux soutenant la voûte d’arête qui couvrait la partie carrée du plan, et formant les tympans des arcs latéraux de cette voûte. Ses dimensions sont à peu près les mêmes que celles de Sidi-Mohammed-el-Gebiouï; la croisée de la nef (nous serions assez disposé à y voir, comme à Sidi-Mohammed-el-Gebiouï, une abside d’église ou plutôt une chapelle) est couverte en voûte d’arête et éclairée par quatre fenêtres, en partie ruinées. La voûte en blocage, au lieu de reposer sur des arcs, s’appuie comme à Ksar-el-Ahmar, sur des encastrements E (fig. 57) ménagés dans l’épaisseur des murs des tympans.

A une hauteur correspondant au niveau de l’extrados des quatre arcs de tête de la croisée, dans les angles de la partie du milieu (carrée en plan) des tablettes A de pierre épaisses de 0m,20 environ recevaient les retombées des angles de la voûte. Il se pourrait que ces tablettes eussent été soulagées par quatre colonnes placées dans les quatre angles, nous n’avons pas retrouvé de traces de ces colonnes.

De chaque côté d’une des fenêtres, des corbeaux B moulurés formant une légère saillie sur le mur, à l’intérieur, sont encore en place; il semble qu’ils aient servi soit à soutenir une tringle à laquelle une étoffe aurait été suspendue, ou une barre de bois servant au même usage. Peut-être n’ont-ils été placés là que dans un but décoratif. Comme on le voit par le dessin que j’en donne (dessin fait d’après une photographie que je dois à l’obligeance de M. Reinach), les arcs sont appareillés avec soin, en moellons assez grands et plats, semblables à ceux qui sont employés dans la construction des thermes de Feriana (Ras-el-Aïn à Medinet-el-Khedima, Rapport de 1882, p. 118, fig. 210). Les angles de la construction sont, comme dans l’édifice que nous avons étudié précédemment, renforcés par un quillage en grands matériaux en délit avec harpes.

Nous n’avons pas pu trouver de traces de nef correspondant à cette abside. C’était donc probablement une chapelle. J’en donne ici le plan, une vue perspective de l’ensemble et un détail.
De Maâtria nous gagnons Teboursouk.

Auteur: Dr DARRE
TUNISIE – AIN TOUNGA, GUELAA, MAATRIA, GOTNIA (Description de ces ruines)
Source: BULLETIN DES ANTIQUITES AFRICAINES. TOME SECOND. Troisième année 1884

EL MAATRIA

A huit ou neuf kilomètres de Teboursouk, la route conduisant à Béja longe un plateau qui domine la plaine d’El Maatria au sud et se relie au nord à une chaîne de montagnes.
Ce plateau porte à son extrémité méridionale les ruines d’une ville antique couvrant une surface qui mesure environ 600 mètres de l’est à l’ouest sur 300 du nord au sud. Plusieurs murs, construits avec des matériaux empruntés à des constructions plus anciennes, sont encore debout. Dans la partie centrale s’élève une enceinte carrée de 13 mètres de côté et dont les murs ont encore 4 à 5 mètres de hauteur. Au nord on reconnaît l’enceinte d’un temple dont la frise gisant sur le sol est brisée en plusieurs morceaux; l’inscription qu’elle portait, effacée par le temps, est devenue illisible.
A l’ouest, un édifice important dont le plan affecte la forme d’un trèfle, a encore conservé son premier étage. Il est placé sur une terrasse carrée entourée de trois côtés de murailles et appuyée du quatrième côté contre le plateau. Un conduit, large de 0m,20 et profond de 0m,15, fait de ciment, prenait l’eau de l’Oued Maatria à 600 ou 700 mètres en amont de la ville au niveau d’un barrage en pierres que l’on voit encore, et l’amenait dans de vastes citernes aujourd’hui comblées.
Sur son parcours plusieurs prises d’eau venaient s’y embrancher pour aboutir à divers réservoirs.
Au pied de la ville, passait une voie romaine dont on retrouve encore les traces et dont la direction générale est indiquée par de nombreuses ruines, la plupart peu considérables. L’une d’elles, située à un kilomètre et demi au nord-ouest de Maatria, est pourtant assez vaste, on y voit des chapiteaux, des fûts de colonnes, et les restes d’un petit aqueduc composé d’une série d’arcades en blocage dont la hauteur n’excède pas 1m,50.
Voici les inscriptions qui ont été recueillies à Maatria, et celles que M. Koeck, lieutenant de chasseurs, a copiées dans une ruine voisine, Gotnia qui se trouve à 3 ou 4 kilomètres au sud-est de Maatria sur le tracé d’une voie antique qui longeait le versant septentrional du Djebel Gorra. Ces ruines sont de médiocre étendue, le seul édifice qui y soit resté de bout est une sorte d’abside construite en blocage et percée de nombreuses fenêtres et qui présente un aspect singulier.

INSCRIPTIONS D’EL MAATRIA

 

Auteur: SALOMON REINACH
NOTE SUR UNE INSCRIPTION GRECQUE DE TUNISIE
Source: Bulletin trimestriel des Antiquités africaines. Tome II. Troisième année. 1884

M. Poinssot m’a communiqué l’estampage d’une inscription grecque en quatre lignes découverte par lui à Maatria près de Teboursouk. L’extrême rareté des inscriptions grecques dans l’Afrique romaine donne seule quelque intérêt à ce texte incomplet et que la mauvais état de l’estampage empêche de déchiffrer avec certitude.

L’ sont lunaires, ce qui obligerait de rapporter l’inscription au second siècle après Jésus-Christ, si elle avait été trouvée ailleurs qu’en Afrique. Mais il est probable que les formes cursives se sont introduites beaucoup plus tôt dans l’épigraphie des pays étrangers que dans celle de la Grèce proprement dite. M. Berger (Gazette Archéologique, 1870, p. 117) a signalé un E lunaire dans une inscription sur bronze trouvée à Carthage, et certainement antérieure à 150 avant Jésus-Christ. Il paraît néanmoins probable que notre texte n’est pas antérieur au IIIe siècle de l’ère chrétienne, sans que l’on puisse pourtant lui assigner une date précise.
A la première ligne, on distingue le génitif d’un nom propre, , suivi des mots . La deuxième ligne paraît pouvoir se restituer: ou une formule semblable, signifiant: J’ai subi mon cruel destin. A la troisième, on lit assez distinctement: , c’est-à-dire vingt sept ans, l’âge du mort selon toute vraisemblance. Enfin, la dernière ligne se rétablit avec certitude: c’est-à-dire cendre pleurée.

Ces derniers mots, qui forment la seconde partie d’un vers pentamètre, suffisaient à prouver que l’inscription est funéraire et qu’elle se composait de distiques. appartiennent à la langue poétique. Il est impossible de dire, d’après l’estampage, combien de vers ou de fragments de vers se sont perdus.

Auteur: J. POINSSOT
Voyage archéologique en Tunisie. Période: 1882-1883
Source: BULLETIN DES ANTIQUITES AFRICAINES. TOME TROISIEME. 1885

Maatria, Sidi Amor Melliti, Djebba, Henchir el Zouza, Henchir Faouar

De Thunursicum Bure, partaient plusieurs voies dont les vestiges sont encore apparents, mais qui ne sont point indiquées par les itinéraires anciens.

L’une se dirigeait vers le nord suivant le tracé de la route actuelle de Béja. Elle passait au pied de Maâtria dont les ruines ont été décrites par M. le Dr Darré (Bulletin des Antiquités Africaines, t. II, p. 144 et suiv.). Leur nom antique, Juxtalaca, nous est fourni par une inscription.

Auteur: René CAGNAT, Docteur ès Lettres, et Henri SALADIN, Architecte
Voyage en Tunisie
Source: Revue «Le Tour du Monde».
Publication: 1888. 2ème semestre

La route qui nous conduit vers Teboursouk est à peine indiquée par des traces peu visibles, et plus d’une fois nos chevaux ont encore à faire preuve de solidité et d’agilité. Nous arrivons enfin, après avoir traversé des vallons ombreux et des gorges escarpées, dans lesquelles s’engouffrent des vols de guêpiers ou de geais bleus, à apercevoir au loin les ruines d’Henchir-Maatria. Cest là que nous allons savourer l’oeuf dur et la sardine, entrée classique du déjeuner de l’archéologue en voyage, pendant que Mohammed fait son feu et nous prépare un perdreau qui sera suivi du café obligatoire. Nous nous sommes installés dans les ruines d’un édifice quadrangulaire, construit comme Kasra-el-Ahmar en moellons et harpes de pierre.

[…]

Les ruines de Maâtria couvrent une étendue peu considérable, entre la route de Teboursouk et un oued sans eau qui se dirige vers le nord-ouest; nous y remarquons pourtant les vestiges d’un édifice de style corinthien, fragments enterrés au nord de la construction dans laquelle nous avons déjeuné. Quelques Arabes qui viennent de planter leurs tentes au milieu des ruines sont en train de construire des murs de gourbis avec les fragments antiques qu’ils déterrent ou déplacent sous nos yeux. Plus loin, vers la gauche, s’élèvent quelques pans de murailles en blocage qui attirent notre attention. Ce son les restes d’une abside analogue à celle de Sidi-Mohammed-el-Gebioui, d’ailleurs sans aucune trace de sculpture ou d’ornement d’architecture. Pour nous y rendre, nous traversons une partie de la nécropole du village ancien. Les cippes y sont nombreux; les uns debout, les autres renversé; plusieurs d’entre eux ont encore leurs inscriptions bien nettement lisibles.

Auteur: J. Toutain
Afrique romaine. Chronique
Source: Mélanges d’archéologie et d’histoire, Année 1891, Volume 11, Numéro 1

Séance 27 novembre 1891.

M. Gaston Boissier rend compte à l’Académie des fouilles importantes faites par M. le docteur Carton, médecin militaire à Téboursouk (Tunisie) et M. le lieutenant Denis, dans quelques-unes des villes romaines de la région montagneuse comprise entre la Medjerdah et le cours inférieur de la Siliana. Ces fouilles ont fait découvrir beaucoup de débris d’antiquités. A Dougga, l’ancienne Thugga, les explorateurs ont visité presque complètement le temple de Saturne, où ils ont trouvé des stèles puniques, des débris de colonnes d’un beau caractère et sur les murs des Cellae, quelques revêtements de stuc très intéressants. Ils ont commencé à mettre au jour un hippodrome et un théâtre qui paraît bien conservé.

A El-Maatria, ils ont dégagé un temple en l’honneur de Jupiter Optimus Maximus, de Junon et de Minerve, et entamé l’étude d’autres monuments qu’ils espèrent pouvoir connaître complètement.

Inscriptions inédites recueillies en Tunisie par M. DENIS et communiquées par M. Espérandieu
Source: Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques. Année: 1892

M. le lieutenant Denis a bien voulu me communiquer, avec prière de les faire connaître au Comité, une centaine d’inscriptions romaines, recueillies par lui, dans la région de Téboursouk et du Kef. Cet envoi témoigne une fois de plus du zèle soutenu de cet officier pour la recherche des antiquités. Je donnerai ici celles de ces inscriptions qui sont inédites.

1. M. Denis m’a fait parvenir tout d’abord une longue inscription romaine qu’il a découverte à l’Henchir-el-Maatria, près de Téboursouk. Elle se compose des trois fragments que voici:

Publication: CIL 08, 26121 = AE 1892, 00145 CIL 08, 26121 = AE 1892, 00145
[I]ovi Optimo Maximo Iunoni Reginae Minervae Augustae sacrum / [p]ro salute Imp(eratoris) Caes(aris) M(arci) Aureli Antonini Aug(usti) Armeniaci Medici Part(hici) max(imi) pont(ificis) max(imi) trib(unicia) pot(estate) XXIIII imp(eratoris) V co(n)s(ulis) III p(atris) p(atriae) liberorumq(ue) eius totiusque domus divinae / [1] Memmius Pecuarius Marcellinus cum suo et L(uci) Memmi Marcelli Pecuariani decurionis c(oloniae) I(uliae) K(arthaginis) flaminis divi Nervae designati filii sui nomine templum Capitoli liberalitate sua / [f]aciendu[m] ex HS XX mil(ibus) n(ummum) patriae suae pago et civitati Numiulitanae promisisset et ob honorem flamoni(i) Iuniae Saturninae uxoris suae ex decreto utriusque ordinis HS IIII m(ilia) n(ummum) in id / opus proc(ur)a(vi)sset(?) multiplicata pecunia solo suo extruxit et marmoribus et statuis omnique cultu exornavit itemq(ue) dedicavit ob quam dedicationem decurionibus utriusq(ue) ordinis sportulas / item populo epulum et gymnasium dedit praeterea exigente annona frumenta quantacumq(ue) habuit populo multo minore pretio quam tunc erat benignissime praestitit item ludos scaenicos et gymnasia adsidue dedit

Ce texte est de l’année 170, il ajoute un nouveau nom, celui de la civitas Numiulitana, à la liste déjà longue des capitoles provinciaux du monde romain. Je n’entrerai pas à son sujet dans de plus longs détails, M. le sous-lieutenant Denis se proposant de la faire dans une monographies, qu’il prépare en ce moment.
Quelques autre fragments sans importance ont été encore découverts à El-Maatria. Je na rapporterai que celui-ci:

Auteurs: Dr Carton et le lieutenant Ch. Denis
NUMLULI ET SON CAPITOLE
Source: Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques. Année: 1893

L’Henchir-el-Mâatria est situé à 7 kilomètres au nord-ouest de Téboursouk, près de la route conduisant à Béja. Un texte mal lu avait fait donner à cette ruine le nom de Juxtalaca, mais quatre inscriptions découvertes ultérieurement ont établi que l’on était sur l’emplacement du municipium Numlulitanum. Il était traversé par la voie romaine de Thubursicum à Vaga, et par une autre perpendiculaire à la première.
Le nom de cette ville, sous la forme Numnulitana ou Nummulitana, est cité dans une liste d’évêques de 411 et dans une lettre de 649.
Nous allons passer en revue les principaux édifices qui ont été bâtis à Numluli par les différents possesseurs du sol africain.

CAPITOLE

Ce temple mesurait 14 mètres de longueur sur 9 mètres de largeur; il reposait sur un soubassement de 3m,15 de hauteur, surmonté d’une corniche.
Cet édifice a été complètement ruiné, il n’en reste que le soubassement qui est enfoui. Nous avons pu retrouver la presque totalité des pierres du portique, mais une koubba, bâtie sue l’emplacement de la cella, nous a empêchés de faire des recherches dans cette partie du temple. Les escaliers ont d’abord été enlevés, le portique a ensuite été renversé en avant et c’est sans doute peu de temps après que cet acte de vandalisme a été commis (à moins d’admettre l’hypothèse d’un tremblement de terre), que les chapiteaux ont disparu; une couche de décombres environ 1m,50 d’épaisseur recouvrait les débris du portique.
Le monument se composait d’un pronaos et d’une cella rectangulaires. Le pronaos, large de 5m,15 était pavé en mosaïque blanche; quatre colonnes cannelées, légèrement galbées, de 4m,77 de hauteur et d’un diamètres de 0m,68 à la base, supportaient l’entablement du portique; les bases ont 0m,32 de hauteur.
L’architrave et la frise sont taillées dans le même bloc. Les sculptures de l’architrave sont reproduites sur la face intérieure.
Sur la frise, on lit une longue inscription que nous avons communiquée à l’Académie des inscriptions et belles-lettres (Comptes rendus,1892, p.447) et que M. Espérandieu a publiée dans ce Bulletin (1892, p. 154) d’après nous.
Elle nous apprend que c »et édifice dédié à la triade capitoline, a été bâti en 170, sous le règne de Marc-Aurèle, par C. Memmius Pecuarius qui avait promis, en son nom et au nom de son fils, décurion et prêtre de Nerva, de consacrer une somme de 20,000 sesterces à la construction du monument. C riche citoyen ajouta, à la somme qu’il avait promise, 4,000 sesterces pour le flamonium augustale de sa femme, fit bâtir le temple sur un terrain à lui et, bien qu’ayant employé une somme supérieure à celle qu’il avait promise, orna l’édifice de marbres et de statues. A l’occasion de la dédicace, il donna aux décurions et au peuple un festin et de jeux de gymnase et, en sus de la quantité qui était due, il céda tout le blé dont il put disposer à un prix bien moindre que celui qu’il valait alors.
La patrie du généreux donateur est, dans ce texte, qualifiée de pagus et civitas. Ceci semble infirmer l’opinion de M. Castan d’après laquelle les colonies seules avaient le droit de posséder un capitole.
A quelques kilomètres d’El-Maâtria, nous avons une autre dérogation à la règle posée par M. Castan: Thugga était municipe lorsque les Simplex le dotèrent d’un temple capitolin. L’auteur du travail sur les capitoles provinciaux fait remarquer qu’il pouvait y avoir une colonie militaire à Thugga. Ce n’est pas croyons-nous, la présence dans cette localité d’une seule tombe de vétéran  (C.I.L., t. VIII, n°1533) qui peut servir de base à une semblable hypothèse.

M. le capitaine Espérandieu fait remarquer que l’uterque ordo revenant deux fois dans le texte, il est possible qu’il y ait eu à Numlulitana deux conseils de décurions: un pour le pagus et un autre pour la civitas. La chose n’est pas impossible et nous partageons la manière de voir de M. Espérandieu.
Revenons à la description de notre édifice.
L’architrave mesure 0m,40 de hauteur, la frise 0m,62, et la corniche 0m,30.

Les soffites sont d’une grande richesse. Le premier (fig.1) représente des trophées disposés de chaque côté d’un olivier; au milieu d’armes de formes et d’ornementation diverses, on remarque le vexillum; sur deux boucliers sont figurés le foudre et le trident. Le deuxième soffite (fig.2) rappelle l’une de ceux des temples de Sbéitla donnés dans le travail que MM. Cagnat et Saladin ont pubié en 1886, au retour de leur mission en Tunisie: des feuilles très allongées et gracieusement découpées partent d’une rosace centrale. Sur le troisième (fig.3), on a représenté des rinceaux très élégants disposés autour d’une rosace. L’entablement des côtés du portique ainsi que le chapiteau des colonnes n’ont pas été retrouvés.

Du fronton il ne reste que quelques fragments de corniche.
Les murs de la cella étaient terminés à leurs extrémités par des pilastres cannelés: nous avons pu retrouver le chapiteau de l’un d’eux, il est d’ordre corinthien. Les montants de la porte de la cella étaient décorés de moulures; sur le linteau à crossettes, étaient gravée une inscription, elle est actuellement très fruste:

Les fouilles pratiquées en avant du temple ont mis au jour plusieurs objets intéressants:
1. Un fragment de bas-relief en marbre blanc d’une exécution très soignée: on voit les jambes d’une personne qui fait face à une colonne torse dont il ne reste que la base et une partie du fût.
2. Un fragment de vase, autrefois peint en blanc, en rouge et en bleu, présentant en relief des feuilles et des baies de lierre.
3. Un récipient en forme d’auge taillé dans un bloc de pierre sur lequel était gravée une dédicace.
A quelques mètres du temple se trouve un chrisme gravé sur un voussoir.

THERMES

L’étage inférieur des thermes est complètement enfoui; il ne reste de la partie supérieure que les deux montants d’un arc et d’énormes piliers en blocage renversés sur le sol. Cet édifice a été transformé en forteresse à l’époque byzantine. Si les deux fragments d’inscription que l’on remarque à côté en proviennent, il aurait été bâti sous l’empereur Hadrien, l’an 124.

BASILIQUE

La basilique chrétienne, construite en petit appareil irrégulier, a la forme d’un quatrefeuille. Un voussoir d’un des arcs intérieurs a été taillé dans une stèle funéraire; on lit encore la formule HSE. Le pavage a été fait partie en pavés, partie en mosaïque cette dernière est à peu près détruite. L’édifice était revêtu, à l’intérieur comme à l’extérieur, de ciment de tuileaux. Il prenait jour par quatre fenêtres pratiquées dans les murs de la construction qui surmonte les quatre demi-coupoles. En déblayant l’intérieur de la basilique, nous avons trouvé plusieurs stèles funéraires:

AQUEDUC

Un petit aqueduc, d’environ 200 mètres de longueur, conduisait en ville l’eau d’un ruisseau qui coule à l’ouest de la ville. On remarque à une cinquantaine de mètres au-dessus du temple, les ruines des grandes citernes qu’il alimentait.

FORTERESSE BYZANTINE

Elle est bâtie sur un plan rectangulaire à 200 mètres du temple et mesure 13m,80 sur 5m,80. Dans l’une des grandes faces on a pratiqué quatre archères, l’autre est percée de deux fenêtres. Elle a probablement été bâtie sur les ruines d’un édifice plus ancien, parce que nous avons retrouvé, à 1m,50 de profondeur, de nombreux fragments de mosaïque.
A côté, on voit les ruines d’un grand édifice en blocage dont il ne reste plus qu’un pan de mur avec une niche.
Entre la forteresse et le temple nous avons copié deux fragments d’inscriptions:

Au fond d’un petit ravin, nous avons trouvé une stèle en forme d’édicule présentant trois faces sculptées. Elle est d’une exécution assez grossière, mais c’est un curieux spécimen de l’art indigène et il est regrettable que la partie inférieure n’ait pu être retrouvée.
Sur la face principale, entre deux pilastres corinthiens, est figurée une tête d’homme entourée de grappes de raisin, de fruits et de pommes de pin. Elle est surmontée d’un fronton sur lequel se détache un buste de femme, une grappe de raisin pend de chaque côté de la tête, des acrotères s’élèvent aux extrémités du fronton.
La face gauche offre beaucoup de ressemblance avec la précédente: entre les pilastres on a sculpté une tête de femme surmontée d’une coquille; les cheveux, ondulés, sont séparés par une raie faite au milieu de la tête; sur le tympan une tête a remplacé le buste.
Nous retrouvons le même sujet à la partie inférieure de la face droite, mais le fronton a été remplacé par une niche au milieu de laquelle on a représenté un génie, les jambes croisées, tenant une torche renversée.
A signaler aussi un fragment de stèle funéraire sur lequel est figuré un croissant surmonté d’une rosace. Ceci prouverait qu’à Numluli, comme dans la plupart des localités de l’Afrique romaine les traditions puniques n’étaient pas encore perdues à l’époque romaine.

Dr CARTON
Lieutenant DENIS

Auteur: Le Docteur Carton
Notes sur quelques ruines romaines de Tunisie
Source: Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques. Année: 1895

Les notes qui suivent ont été recueillies au cours d’un voyage que j’ai fait en Tunisie pendant l’automne de l’année 1895.

AIN SAFSAF

Ruines situées autour de la source de ce nom, à 3 kilomètres à l’est d’Henchir-Matria, au pied du Djebel-Gala. Leur étendue est peu considérable, mais elles méritent d’être signalées à cause de la présence parmi elles d’un édifice rectangulaire, offrant une abside dans l’un de ses petits côtés. On sait combien sont nombreuses les constructions qui présentent, dans la région de Hechir-Matria, cette particularité.[…]

Un pan de mur de la basilique s’élève encore à 4 mètres environ de hauteur. Il est en blocage, renforcé à ses angles par des pierres de taille de moyen appareil. Dans le ravin où coule la source, et au-dessus de celle-ci, sont les restes, assez confus, d’un barrage formé de deux murs en moellons séparés par un intervalle d’environ 3 mètres rempli par des matériaux de rapport. A leur extrémité sont des citernes comprenant plusieurs voûtes en berceau. Parmi les vestiges d’habitation qui s’étendent à l’entour, on remarque des auges, des fûts de colonnes, des fragments de piédestaux.

Auteur: Dr Carton
Source: Découvertes épigraphiques et aechéologiques faites en Tunisie (région de Dougga)
Publication: Société des sciences de l’agriculture et des arts de Lille. Mémoires. Véme série. Fascicule IV. Année: 1895

NUMLULI (Henchir Matria)

Petite cité qui devait son existence à son admirable situation au centre d’une vallée d’une extrême fertilité.

Au cours des fouilles que j’ai exécutées en ce point il a été trouvé une grande inscription (1) donnant en entier le nom de la civitas, connu déjà par deux textes.
Le plan des ruines ci-dessus montre comment sont disposés les différenrts édifices de Numluli.
Je crois devoir reprendre ici la description d’un édifice que j’ai déjà fait connaître sommairement, dans un rapport qui a été adressé à M. le Ministre de l’Instruction publique à la suite des fouilles que j’ai déjà exécutées à Henchir Maâtria avec M. Denis. M. Saladin a publié en effet, après nous, de cette construction, une étude à laquelle il est nécessaire de faire quelques additions.

Cette église n’est pas un triflorium mais un quatrefeuille, comme l’indiquent les figures ci-contre. Dans l’une des absides a été ménagée la porte. Elevée sur une plate-forme rectangulaire située à l’ouest des ruines, elle est construite en petits matéiaux posés assez régulièrement, et qui semblent, en Afrique, avoir remplacé les briques employées habituellement dans les constructions byzantines. Les angles intérieurs et extérieurs du monument seuls sont en moyen appareil.

Les quatre diverticules donnent, par des arcs en plein cintre reposant sur des pilastres en saillie et formés de voussoirs plats, sur une croisée dont le sol était, comme celui des absides, revêtu de mosaïque multicolore figurant des ornements géométriques. Dans l’abside nord, on voit très nettement les traces d’un banc élevé d’environ 1 mètre au-dessus du sol, et qui en faisait le tour. Extérieurement toute la surface du monument était revêtue de ciment de tuileaux. Les quatre absides ont la forme d’une portion de cylindre surmontée d’une calotte, coupée par les murs qui s’élèvent dans le prolongement des arcs intérieurs et qui forment, au-dessus de la croisée de la nef, un cube percé de fenêtres, seules ouvertures par où la lumière pénétrait dans le monument.
La partie supérieure de ce cube supportait une voûte d’arête s’appuyant sur des tablettes d’angle situées à hauteur de la partie la plus élevée de l’ouverture des absides. La forme extérieure de cette partie de l’édifice trahit, comme le monte la figure 100, l’existence des deux voûtes en berceaux, allant d’une fenêtre à l’autre pour se pénétrer et donner naissance à la voûte d’arête.
Je rappellerai encore ici qu’une stèle funéraire avec le sigle: H.S.E. a été taillée et placée parmi les voussoirs des arcs qui limitent la croisée.

J’ai depuis les fouilles, revu ou trouvé quelques inscriptions:

Sur l’extrémité inférieure d’un cippe, auprès du forum:

Près de l’origine de l’aqueducn dans une construction de basse époque:

Fragment de la partie supérieure d’une base trouvée sur le forum:

Sur un cippe, auprès des thermes:

Cf. C.I.L n°15403. La copie que je donne ci-dessus a été prise sans que je connusse la leçon de M. Poinssot.

Auorès des thermes:

Dans la forteresse byzantine située à côté des ruines, est un temple dont le stylobate est bien visible et sur les fondations duquel paraît avoir été construite une église ou en tous cas un édifice en blocage à absides.

Près de là:

Cf. C.I.L. T. VIII, supp. n°15391.

Auprès de l’inscription précédente, sur une corniche:

Ce texte a été gravé sur la tranche d’une pierre en frome de corniche qui a dû ultérieurement être enlevée à sa destination primitive.

Cette inscription date de l’époque du règne simultané de Valérien et de Grallien.

Sur deux fragments déjç connus, et que j’ai copiés avec soin (1):

Le premier fragment est intact.
Le second fragment est brisé à droite comme je l’ai indiqué.
Il y l’espace qu’occupaient deux lettres entre omnibus et ornamentis.

Entre le temple du Capitole (1) et la forteresse, sur deux des tranches opposées d’une pierre plate:

Cf. C.I.L. T. VIII, n° 15390.

J’ai revu le n° 15414 du Cf. C.I.L. T. VIII. Il est gravé sur une base et la fin n’est pas mutilée.

Sur une grande pierre provenant du temple du Capitole:

Depuis de publiction dans le Bulletin archéologique (2), ce texte a fort souffert. On peut cependant y lire: Pecuariani, nom que l’on trouve sur le texte qui était placé sur le fronton du temple. C’est probablement le même L. Memmius Marcellus Pecuarianus decurion dont il est question ici, et suivant toute vraisemblance, cette pierre qui provient du même édifice, devait porter mention des personnages qui l’ont élevé. Peut-être est-ce un fragment du linteau de la prote.

Au nord du temple du Capitole s’élèvent de massives constructions en blocage. Ce sont les citernes dont l’aqueduc, issu d’un barrage élevé sur l’oued Matria, existe encore en partie. Dans son trajet à l’entour de la cité, il offre des puisards qui ont été indiqués sur le plan.

Cf. C.I.L. T. VIII, n° 15395.

Le n° 15398 du C.I.L. T. VIII, est sur un cippe à acrotères et fastigium. Au-dessous est un entablement orné de fleurons. Sur un côté est une patère, sur l’autre, un vase à anse.

Cf. C.I.L. T. VIII, n° 15384.

Dans la nécropole de Numluli a été trouvé un cippe déjà signalé par M. Denis et moi (1) et dont je reproduis ici les trois faces.
Ce petit monument funéraire est plus remarquable par la richesse de son ornementation que par le goût avec lequel il a été sculpté. Sa facture, la manière dont en sont traités les chapiteaux, doivent le faire dater d’une époque assez basse, peut-être chrétienne. La partie supérieure, qui seule é été retrouvée, a trois de ses faces sculptées.

La quatrième est brute. La médiane (fig. 101) est aussi la plus large. On y voit, entre deux pilastres d’angles, à fûts cannelés, à chapiteaux corinthiens, une figure à cheveux crépus, placée au fond d’une espèce de niche dont la partie supérieure est ornée de fruits parmi lesquels on distingue une pomme de pin. Entre la figure et les chapiteaux pend; de chaque côté, une grappe de raisins. Un fronton; orné d’une double ligne d’oves et de rais de coeur, renferme une tête frisée d’enfant, portant, suspendue au cou, la bulla. Les angles de la pierre sur laquelle est en relif le fronton, sont ornés d’acrotères.

La face gauche (fig. 102) ressemble, par sa disposition, à la première: pilastres d’angles du même style, tête à cheveux ondulés séparés par une raie, surmontée d’une large coquille dans le haut de la niche. Pas d’entablement, fronton à angle supérieur très aigu, orné seulement d’oves et renfermant une tête d’enfant; acrotères dans les coins supérieurs de la pierre.
La face droite (fig. 103) offre, en bas, une tête à cheveux ondulés, surmontée aussi d’une large coquille, entre les fûts et les chapiteaux de style corinthien. Mais au-dessus on ne voit plus de fronton. Il y a une niche formée par deux colonnes torses qui s’incruvent en se réunissant à la partie supérieure, et encadrant un génie funéraire, de facture barbare, reposant sur une torche renversée.

Au-delà de Hr Matria, la voie pénètre dans la broussaille, elle a à peu près la direction de la piste qui conduit à Béja. A quatre kilomètres au nord de Hr Matria, elle laisse à droite quelques ruines, au milieu desquelles s’élève la partie inférieure d’un mausolée primastique.
On aperçoit à 1500 mètres en amont de Béja-gare, quelques masses en blocage, le long de la berge de la Medjerdah. Peut-être y avait-il là un pont sur lequel passait la voie, et que franchissait aussi la voie de Carthage à Hippone par Bulle Regia.

 

 

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